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    La Tétralogie de Richard Wagner : Les Dieux

3 questions à Rebecca Ringst

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Scénographe

04 min

3 questions à Rebecca Ringst

Par Alice de la Bouillerie

Quelle est votre relation personnelle avec le Ring de Richard Wagner ?

Le Ring me fascine à plusieurs niveaux. D’abord, c ’est une oeuvre portée par des figures féminines remarquables, comme Fricka, Erda et bien sûr Brünnhilde, qui se distinguent par la force de leur caractère et leur indépendance. C’est également une formidable fresque familiale, où Wagner dissèque la complexité des liens intimes, explorant l’amour, les traumatismes qui se transmettent et la tendance collective à l’autodestruction.

Cette saga résonne puissamment avec notre société contemporaine. Derrière le conte, elle met à nu un système de domination patriarcal et capitaliste voué à un effondrement. C’est là que se joue la confrontation entre la volonté humaine et le pouvoir de la nature. Les hommes s’évertuent à bâtir des édifices colossaux pour prouver leur domination, mais la nature finit toujours par retrouver le dessus. Le décor tout entier de Siegfried en est l’expression : une immense forêt sens dessus dessous, avec des arbres suspendus au-dessus de nos têtes, qui s’élèvent et redescendent, le tout se transformant en une machine puissante.

Quelles références ont nourri votre décor ?

Quand nous avons commencé à échanger, nous pensions aux structures hiérarchiques, au pouvoir de Wotan, à sa volonté de contrôler un monde. Une image s’est aussitôt imposée : le Palais de la République, à Berlin-Est, l’un des grands symboles de la RDA. Il a incarné pendant des décennies l’autorité politique et l’assurance d’un régime, puis perdu toute raison d’être après la chute du Mur. J’ai suivi son démantèlement pendant des années avec fascination. C’était comme voir l’effondrement d’un système tout entier, jusqu’à ce qu’il ne reste que des fragments isolés, ruines d’une cité disparue.

Cette image est le point de départ de notre Ring. Dans L’Or du Rhin, Wotan fait bâtir le Walhalla, symbole d’un système fondé sur la hiérarchie et le contrôle. L’architecture évolue ensuite avec le drame : dans La Walkyrie, la demeure s’étend en un mur immense qui se fissure sous la violence de la guerre ; dans Siegfried, la nature reprend ses droits et ne laisse subsister de l’ancienne architecture que des ruines, traces d’une civilisation en voie de disparition ; dans Le Crépuscule des dieux, l’architecture perd tout sens à mesure que le monde bascule dans un état radicalement d Élément de décor de Siegfried différent.

Ce qui m’a toujours passionnée chez Wagner, c’est la façon dont il pense la métamorphose de l’espace dans sa musique : il inscrit ces mutations dans la partition, laissant à la scénographie le temps de voyager d’un monde à l’autre. Il nomme cela Verwandlung, la transformation, notion centrale dans mon travail. Un décor ne me captive que lorsqu’il se transforme à vue, en symbiose avec le jeu, le chant et la partition. De cette synergie naît une émotion démultipliée.

Quels ont été pour vous les principaux défis artistiques et techniques ?

Le report de la production dû au Covid a été l’un des principaux : nous craignions qu’un spectacle conçu dix ans plus tôt ne soit plus en phase avec le monde. Mais l’abstraction de notre concept initial, ce Walhalla pensé comme un vaste volume métallique, lui donnait une grande capacité d’adaptation. Nous en avons fait un gigantesque serveur informatique envahi de câbles, miroir d’une technologie qui prend toujours plus le contrôle de nos vies.

Il est cependant vite apparu qu’il fallait repenser le décor du Crépuscule des dieux. En dix ans, le monde a profondément changé : les guerres se sont multipliées, et des acquis que nous croyions alors inébranlables, comme la démocratie, se sont fragilisés. Nous avons donc fait de ce dernier volet une réflexion sur l’amnésie collective et la mémoire perdue, où les éléments des opéras précédents ne resurgissent que sous forme de débris d’un monde disparu.

La richesse d’un tel projet tient à la collaboration entre les différents membres de l’équipe artistique et la synergie de leur pratique. La Walkyrie en est un bon exemple. Sous la lumière, cette paroi d’aluminium a une présence fascinante : elle peut miroiter comme de l’argent poli, puis basculer dans une obscurité profonde. Les panneaux perforés se laissent tantôt traverser par la lumière, disparaissant pour révéler le monde dissimulé derrière cette architecture monumentale, tantôt deviennent le support des créations vidéo. Nous avons trouvé un langage commun où chaque élément soutient les autres, s’y entremêle et crée un tout infiniment plus grand.

En répétition de Busk

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Une rébellion

3:59 min

En répétition de Busk

Par Antony Desvaux

À l’occasion de l’entrée au répertoire de Busk, Aszure Barton explique les circonstances qui ont donné naissance à ce ballet. La chorégraphe explique qu’elle a voulu célébrer la danse, une forme d’art pas assez mise en valeur à ses yeux. Elle évoque les artistes de rue comme son inspiration principale.

Par leur liberté et leur prise de risque, ils ont influencé la dramaturgie, les costumes et la musique de Busk. Aszure Barton fait part enfin de la fascination qu’elle éprouve pour l’intelligence du corps.  

En répétition de Rearray de William Forsythe

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Une chorégraphie ludique

6:28 min

En répétition de Rearray de William Forsythe

Par Antony Desvaux

À l’occasion de la reprise de Rearray au Palais Garnier, Roxane Stojanov, Loup Marcault-Derouard et Takeru Coste évoquent le travail de William Forsythe. Ils abordent la manière dont est agencé ce trio et le rôle de « chef d’orchestre » de la danseuse. 

Ils racontent le processus de création de ce ballet et soulignent la dimension d’expérimentation, en particulier avec les différents niveaux de hauteur : sur pointe, à pied plat et au sol. 

Ils évoquent enfin le côté ludique et surprenant d’un chorégraphe qui se remet toujours en question.

Dorothée Gilbert fait ses adieux à la scène

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En répétition de L’Histoire de Manon

5:26 min

Dorothée Gilbert fait ses adieux à la scène

Par Antony Desvaux

À l’occasion de ses adieux à la scène de l’Opéra, Dorothée Gilbert interprète le rôle-titre de L’Histoire de Manon au Palais Garnier. La danseuse Étoile partage les émotions qui la traversent à l’approche de cet événement. Elle explique le choix de ce grand ballet narratif de Kenneth MacMillan et évoque la relation qu’elle a nouée au fil des saisons avec son partenaire Hugo Marchand.  

Lea Desandre à propos du Barbier de Séville

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7:14 min

Lea Desandre à propos du Barbier de Séville

Par Alice de la Bouillerie

Dans Le Barbier de Séville, dirigé par Jader Bignamini et mis en scène par Damiano Michieletto, Lea Desandre incarne une Rosine libre et malicieuse. Elle revient sur la trajectoire d’émancipation de son personnage, la mécanique comique de l’œuvre et les multiples facettes de la musique de Rossini.  

© Herwig Prammer / OnP

5 questions sur : Le Crépuscule des dieux

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01 min

5 questions sur : Le Crépuscule des dieux

Par aria

Avant de devenir l’un des grands mythes de Wagner, l’histoire de Siegfried, Brünnhilde et des Nibelungen existait déjà dans les légendes germaniques et scandinaves. Wagner s’est inspiré de ces récits anciens pour créer son propre univers, en y mêlant héros légendaires, rois, princesses et histoires de trahison, d’amour et de pouvoir. Suivez-moi.  

Adela Zaharia à propos de "L'Air de la Folie" dans Hamlet

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7:11 min

Adela Zaharia à propos de "L'Air de la Folie" dans Hamlet

Par Alice de la Bouillerie

Pour ses débuts dans le rôle d’Ophélie dans Hamlet d’Ambroise Thomas, dirigé par Michael Schønwandt et mis en scène par Krzysztof Warlikowski à l'Opéra national de Paris, Adela Zaharia nous partage sa vision du personnage et les défis techniques et artistiques posés par l'interprétation du célèbre Air de la folie de l'Acte IV.

Dorothée Gilbert à propos de L'Histoire de Manon

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51:09 min

Dorothée Gilbert à propos de L'Histoire de Manon

Par Isabelle Stibbe

À l’occasion de la reprise de L’Histoire de Manon au Palais Garnier, Dorothée Gilbert évoque ce grand ballet de Kenneth MacMillan qu’elle a choisi d’interpréter pour faire ses adieux à la scène. 

La danseuse Étoile raconte son travail en studio et la manière dont elle aborde le personnage complexe et fascinant de Manon.

© Edward Burtynsky, courtesy Flowers Gallery, London / Nicholas Metivier Gallery, Toronto

À propos du Crépuscule des dieux

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07 min

À propos du Crépuscule des dieux

Par Bettina Auer

Au début de l’ère industrielle, l’avènement du métier à tisser mécanique révolutionna la production textile, permettant de fabriquer des tissus en série et à moindre coût tout en privant nombre de tisserands artisanaux de leur moyen de subsistance. Autre avancée technique, le métier à tisser « programmable » à l’aide de cartes perforées, inventé par le Lyonnais Joseph-Marie Jacquard, permit de réaliser des motifs textiles complexes et préfigurait, dès le xixe siècle, le développement de techniques de commande, faisant de la machine à tisser une sorte de précurseur de l’informatique, de l’ordinateur moderne.

C’est au coeur des profonds bouleversements sociaux engendrés par la révolution industrielle que Richard Wagner composa L’Anneau du Nibelung. Aujourd’hui, 150 ans exactement après la première représentation du cycle complet de son opus magnum, c’est au Ring de Paris de s’achever avec Le Crépuscule des dieux. Wagner, qui fut toujours son propre librettiste, est le seul compositeur à avoir obtenu de son vivant la construction selon ses conceptions artistiques d’un théâtre entièrement consacré à ses oeuvres. C’est lors du premier Festival de Bayreuth en août 1876 que furent créés Siegfried et Le Crépuscule des dieux, e t que fut donnée la p remière représentation intégrale du Ring.

La dernière partie de la Tétralogie fut le point de départ de Wagner qui, en 1848, avait tout d'abord imaginé une oeuvre unique intitulée La Mort de Siegfried. Grand opéra héroïque. C’est donc par la fin, et par la mort de son héros, que le compositeur avait pensé commencer son Ring. Ce n’est que par la suite qu’il rajouta le récit des éléments antérieurs pour enfin arriver à L’Or du Rhin e t au vol initial de l ’Anneau. Wagner avait en effet compris qu’il était impossible de faire conter rétrospectivement les événements complexes ayant conduit au meurtre de Siegfried : il fallait au contraire les donner à voir au public, les faire vivre sur scène.

Dans Le Crépuscule des dieux, le « charme des allusions musicales » (« Beziehungszauber » selon l'expression de Thomas Mann, grand admirateur de Wagner) déploie tous ses effets. Pour assurer la cohésion musicale de la Tétralogie et de ses quelque seize heures de musique, Wagner avait notamment développé ce que lui-même appelait des « motifs de réminiscence » (« Erinnerungs-Motive »), terme déjà employé dans Le Vaisseau fantôme et qu’il préférait à celui, devenu courant, de « leitmotiv ». Le motif de réminiscence permet de confondre les niveaux temporels : il peut aussi bien renvoyer au passé, éclairer le présent ou anticiper l’avenir.

Dans Le Crépuscule des dieux, les motifs de réminiscence de l’ensemble de la Tétralogie sont tissés dans la trame musicale. Ceux, par exemple, de la « Marche funèbre » – épilogue orchestral faisant suite à la mort de Siegfried dans l’avant dernière scène –, récapitulent la destinée et l’échec du héros. Le fait que Wagner ait confié à l’orchestre un commentaire autonome sur l’action scénique constituait une innovation majeure.

Pour le Ring de Paris, le metteur en scène Calixto Bieito et son équipe ont opté pour un récit discontinu dans lequel passé et avenir s’entremêlent. Leur voyage à travers le Ring avait commencé avec L’Or du Rhin dans un univers de « big data », où des hommes s'étaient élevés au rang de dieux, où avidité et égoïsme avaient chassé toute transcendance. Dans l’univers militarisé et violent de La Walkyrie, la compassion se faisait rare, même si un amour avait pu s’épanouir au milieu de la destruction. À la fin, Wotan assistait à l’effondrement du monde numérique qu’il avait lui-même créé. Dans Siegfried, en revanche, la nature a reconquis un monde dévasté, devenu incontrôlable sous l’effet des manipulations humaines. La forêt s’est transformée, le lien entre l’humanité et la nature est rompu.

Dans Le Crépuscule des dieux, ce sont les descendants des grands adversaires Wotan et Alberich qui finissent par s’affronter : Siegfried, petit-fils de Wotan, qui a définitivement privé son grand-père de son pouvoir et qui, sans le savoir, a « transformé » l’Anneau, symbole de puissance, en gage d’amour ; et Hagen, engendré par son père Alberich dans le seul but d’accomplir sa vengeance et de récupérer l’Anneau. Tous les deux ont été instrumentalisés, mais une différence décisive les sépare : Hagen, lui, connaît sa mission tout comme il connaît l’histoire de l’Anneau. Cet avantage lui permet de manipuler à sa guise Gunther et Gutrune, ses demi-frère et demi-soeur installés sur le trône des Gibichungen, tout comme il manipulera Siegfried, le nouveau venu. Ce dernier, qui a grandi dans l’isolement à la manière d’un Kaspar Hauser, entre ici en contact pour la toute première fois avec la société humaine, dont il ignore toutes les règles. Il est dès lors facile pour Hagen (grâce à un « philtre d’oubli ») de faire oublier à Siegfried d’où il vient et qui il est, et d’en faire son instrument. Seule Brünnhilde, émancipée depuis longtemps de son père Wotan, aurait la force, l’intelligence et l’indépendance nécessaires pour tenir tête aux machinations de Hagen. Mais lorsqu’elle finit par comprendre la situation, il est trop tard.

Nous sommes notre mémoire,
nous sommes ce musée chimérique de formes inconstantes,
ce monceau de miroirs brisés.

Jorge Luis Borges, Cambridge

« Dans Le Crépuscule des dieux, le monde que nous avons suivi au long de ces quatre soirées disparaît, et peut-être l’humanité disparaît avec lui », nous dit le metteur en scène Calixto Bieito à propos de la fin de l’opéra. « Mais l’univers n’a pas nécessairement pris fin. Quelque chose pourrait venir après, quelque chose de post-humain, de naturel, de technologique, ou autre chose, pour quoi nous n’avons pas encore de nom. Avec Le Crépuscule des dieux, il ne s’agissait pas pour nous de présenter une oeuvre apocalyptique de plus. Nous vivons déjà constamment entourés d’images et de récits de catastrophes, d’effondrements, d’extinction. Cependant, les dernières mesures de la musique de Wagner, plus ambiguës, plus étranges, plus profondes, ne nous apportent aucune réponse.

Ce qui se passe dans la musique finale du Crépuscule des dieux – cet élan, cette clarté, cette atmosphère libératrice – est, dans notre mise en scène, traversé par un trou noir, tel un paradoxe : la musique s’envole, le monde s’effondre ; l’harmonie s’élève, la mémoire disparaît ; la beauté demeure, l’univers s’éteint. Cette fin anti-humaine, dans toute sa désolation, est profondément humaine. Tout disparaît : la matière, l’humanité, la post-humanité, le récit, la culture, la mémoire, l’identité. Il ne reste plus rien à transmettre. Et, au terme de la disparition progressive de la mémoire, c’est le silence qui règne. »

Dans son ouvrage récemment paru, The Rise and Fall of the Artificial State, l’historienne américaine Jill Lepore nous met en garde : il ne faut pas laisser aux machines, ni aux entreprises les possédant, le contrôle de notre vie sociale et politique. Elle nous interpelle : ce déséquilibre étant le produit de l’histoire et des actions humaines, c’est à nous, les humains, qu’il revient d’oeuvrer à le transformer. L’analyse critique de Lepore ne débouche ni sur une apocalypse ni sur un scénario de catastrophe, mais sur un appel : il nous faut reconquérir notre faculté collective de jugement, notre responsabilité humaine, notre pouvoir de décision, la démocratie et le respect de la nature.

Pour Calixto Bieito, le Ring de Wagner gardera toute son actualité : « Le Ring contient un certain nombre de contradictions humaines fondamentales : notre soif de pouvoir et de possession, notre capacité à aimer et à détruire, notre besoin de créer des systèmes et notre tendance à y rester prisonniers. Wagner n’a pas de leçon morale réconfortante à nous offrir. Le Ring ne nous dit pas où nous allons. Il nous renvoie à ce que nous sommes, ce que nous avons été et ce que nous pourrions devenir. Toutes les questions restent en suspens. »

© Pablo Grand Mourcel

La Tétralogie de Richard Wagner : Les Dieux

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Découvrez les personnages

05 min

La Tétralogie de Richard Wagner : Les Dieux

Par Marion Mirande

Les personnages de la Tétralogie sont principalement inspirés des retranscriptions médiévales des mythologies germanique et nordique et notamment de La Chanson des Nibelungen, épopée allemande du XIIIe siècle. En élaborant les livrets des quatre opéras qui composent L’Anneau du Nibelung, Richard Wagner a rapproché ces mythes et leurs variantes de ses autres inspirations comme la tragédie grecque et la dramaturgie shakespearienne, et ajouté ses propres interprétations.

Les Dieux

© Pablo Grand Mourcel

Wagner garda sept dieux qui composent le panthéon de la mythologie nordique. Ces dieux représentent l'ordre le plus élevé des êtres dans l'univers. Dans Siegfried, où il apparait sous les traits du Wanderer, Wotan, décrit ses semblables comme "des esprits légers qui habitent les hauteurs nuageuses". Leur quête insensée du pouvoir absolu, représenté par l'or forgé en anneau, les conduira à leur propre destruction.

Wotan

Dieu des dieux, Odin ou Wotan, selon la mythologie nordique ou germanique, est le dieu des morts, de la victoire et de la connaissance. Borgne de l’œil gauche qu’il a sacrifié en échange de la connaissance, il est reconnaissable grâce à sa lance et la présence, à ses côtés, de deux corbeaux, Huginn et Muninn (respectivement « la pensée » et « la mémoire »). Ces attributs se retrouvent dans la figure créée par Wagner. Wotan se présente comme l’archétype de l’homme de pouvoir : insatiable, sans scrupules et hypocrite. Il est le maître du Walhalla, un château perché au sommet des montagnes, manifestation éclatante de sa puissance. Son pouvoir sur le monde est fondé sur des lois et des contrats qui vont progressivement être anéantis. Au fil du livret, son autoritarisme laisse place à une insécurité grandissante. Époux de Fricka, il est également le père des walkyries et celui de Siegmund et Sieglinde. 

Loge

Demi-dieu du feu, Loge est issu du mélange de deux figures mythologiques : Logi et Loki, incarnant tous deux le feu et, également pour le second, la ruse. Dans la Tétralogie, Loge garde cette binarité : il apparaît à la fois comme le dieu du feu et le conseiller habile de Wotan auquel il permet de prendre possession de l’anneau. Il est aussi l’un des rares personnages réellement libres. Il sera le seul à garder ses distances face au système mis en place par Wotan et ne succombera pas à l’attrait de l’anneau. Calculateur, Loge s’amuse à jouer avec les dieux et dispose d’une clairvoyance que ses semblables n’ont pas. Au cours du cycle, il quitte son apparence humaine pour apparaître sous sa forme élémentaire : le feu.     

Fricka

Épouse de Wotan et sœur de Freia, Donner et Froh, Fricka est une divinité inspirée de la déesse Frigg (ou Frigga) dans la mythologie scandinave. Dans la Tétralogie, elle incarne la légalité et la fidélité. Lasse des infidélités de son mari, Fricka cherche à sédentariser Wotan et le pousse à construire une demeure divine pour y résider, le Walhalla. Si Fricka défend l’institution du mariage, elle cherche avant tout à préserver les valeurs originelles de la société divine : le respect des lois et de la morale. Dans La Walkyrie, elle met Wotan face à ses contradictions, en lui rappelant que le garant des lois ne saurait soutenir Siegmund.    

Freyja

Freyja est une divinité essentielle de la mythologie nordique et germanique. D'une grande beauté, elle s'impose comme la déesse de l’amour et de la fertilité. Freia dans la Tétralogie, elle est la sœur de Fricka. Au Walhalla, les dieux ont accès à la jeunesse éternelle grâce à sa culture des pommes d’or. Convoitée dans L’Or du Rhin par Fafner et Fasolt, Freia sert de monnaie d’échange à Wotan qui la promet aux deux géants contre la construction du Walhalla. Sans Freia, les dieux se retrouvent privés de leur source de jouvence et commencent à dépérir.   

Donner

Incarnation de la force et de la puissance, Thor (également nommé Donner) fait partie des divinités les plus populaires de la mythologie germanique. Son attribut est un marteau qui provoque le tonnerre et les éclairs. Présent seulement dans L’Or du Rhin, Donner occupe cependant une place stratégique auprès des autres personnages. Il incarne la figure du chef militaire qui pense en termes guerriers, pour contrer la menace représentée par Alberich. Outil qui évoque la violence, son marteau s’oppose symboliquement à la lance de Wotan, évocatrice de la loi.     

Froh

Aux côtés de Odin et Thor, Freyr est l’un des trois grands dieux de la mythologie germanique. Il incarne la fécondité et est présenté comme le frère de Freyja. Connu sous le nom de Froh dans la Tétralogie, il n’apparaît que dans L’Or du Rhin. Sa persévérance pour défendre Freia et les propos qu’il a pour elle traduisent une grande proximité entre les deux personnages.    

Erda

Inspirée des déesses Jördh et Gaïa des mythologies nordique et grecque, Erda est la déesse-mère de la Terre. Elle incarne la sagesse ancestrale, intuitive et prophétique. Véritable pythie, elle connaît, tout à la fois, le passé, le présent et le futur. Mère des nornes qui tissent les destinées, elle détient le savoir universel. Dans L’Or du Rhin, elle éveille le doute et l’angoisse chez Wotan, en le mettant en garde contre son goût du pouvoir qui risque de provoquer sa chute. En engendrant Brünnhilde avec ce dernier, elle met au monde celle par qui viendra le salut de l’univers. Dans Siegfried, Wotan, sous l’identité du Wanderer, interpelle une dernière fois Erda lors d’une scène qui scelle leurs antagonismes.    

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